Article consacré à Pierre-Alain Gasse paru cet été dans la magazine Unidivers

La littérature ne se réduit pas aux écrivains médiatisés, aux maisons d’édition dominantes et aux best-sellers. Pierre-Alain Gasse, né en 1947 en Normandie, enseignant en langues vivantes en Bretagne, est aujourd’hui à la retraite. Il écrit en français et en espagnol depuis 1981. Après avoir publié quelques romans, il a trouvé sa voie en tant que nouvelliste depuis 1995.

Soliloques, recueil de nouvelles paru chez Kirographaires en 2012 est étonnant pour sa véracité de ton et des sentiments exprimés, pour son humanité. En le lisant, combien de fois pense-t-on « oui, c’est tellement ça, c’est simplement vrai. » La force de ce recueil de nouvelles est l’aisance avec laquelle l’auteur se glisse dans la peau de son narrateur. Soliloques, ce sont treize nouvelles écrites à la première personne, des confessions d’un personnage. Mais que ce soit une jeune fille amoureuse, une vieille dame à l’agonie, un SDF, une prisonnière, un jeune de la rue, un fils abandonné, les sentiments paraissent toujours justes, pertinents.

Le style de l’auteur est d’une simplicité et d’une aisance qui donnent un ton de vérité supplémentaire. En bon nouvelliste, l’auteur maîtrise l’art de la chute. La plus intense de ces nouvelles est aussi la plus longue, ad patres. Il y a tant d’émotions, de nostalgie dans les pensées de cette mamie affaiblie qui entre à l’hôpital. L’auteur alterne les pensées inquiètes de cette femme malade et ses souvenirs d’une vie, ses blessures d’enfant, de femme et de mère. Là aussi, il y a une telle véracité dans les descriptions de la souffrance, de la froideur de l’hôpital et de la peine d’une famille que l’on est forcément ému.

En regroupant ces nouvelles écrites entre 1995 et 2010, l’auteur évoque les choses récurrentes de la vie comme l’amour, la filiation, le chômage, l’amitié, mais aussi certains événements inattendus comme le coup de tête de Zidane lors de la coupe du monde de football en 2006, l’accident d’avion Charm El Cheik-Paris en 2004 ou l’emprisonnement d’une Française en Amérique du Sud.

C’est à la suite d’un voyage à Singapour que Pierre-Alain Gasse reprend la forme du roman court pour témoigner de la situation des maids asiatiques, ces employées de maison qui travaillent pour de riches locaux ou expatriés.

Ratih, jeune femme divorcée et mère d’une adolescente, décide de partir travailler comme maid dans une famille chinoise de Singapour. Certes, l’éloignement de sa famille sera difficile, mais elle est la seule à pouvoir gagner un peu d’argent pour ses parents et sa fille. Et peut-être pourra-t-elle suffisamment économiser pour réaliser son rêve, ouvrir son propre restaurant dans son pays natal. Sur la base d’une fiction sentimentale, l’auteur n’en dénonce pas moins les difficultés de vie en Indonésie et l’exploitation des employés de maison par les riches familles de Singapour. Le travail est permanent, l’éloignement familial est difficile surtout en période d’adolescence de sa fille aux prises avec la sévérité d’une école coranique et la mentalité des patrons ne lui laisse aucune chance.

Ratih rêve toujours de pouvoir devenir une femme capable de réaliser ses ambitions. Elle entend être raisonnable afin de pouvoir économiser des années de salaire, mais elle rêve aussi de retrouver un homme dont elle n’aura pas peur. Le calme de la nature apaise souvent les souffrances et l’ascension ardue du mont Sundoro sera le symbole de la persévérance récompensée.

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