Une jolie critique du « Cabanon jaune » sur le site Reflets du temps

« Qu’est-ce qu’un bon livre ?

LECABANONJAUNE-uneMais qu’est-ce qu’on attend d’un bon livre ? Sa cuisine ? sa facture ? on pourrait dire : son contrat ? avec cet autre incontournable, le lecteur.

L’architecture d’une vraie histoire, d’abord ; fil rouge auquel on se tiendra durant la traversée. Ça doit tenir la route (enfin, la mer !). Vraisemblable, apte à tous les transferts, passionnante au point que comme les gosses, on veut savoir la suite. L’envie – la faim – de ce derrière la page, qui donne les bottes de sept lieues au lecteur ; ça compte. Ici, un récit de mers, d’Iles – bords de mers, pleine mer, gens de mer – ; l’univers de l’auteure, qu’elle connaît sur le bout. Un vieux marin disparaît dans l’océan ; sa fille est suspendue à sa recherche – par monts et par vaux, dirait-on ailleurs ; là, par vagues et mers de par le monde. Disparu, mais comment ? Vraiment disparu ? Croyez-vous.

Des personnages. Point trop n’en faut, comme en bonne cuisine, mais des goûteux ; de premier et d’arrière plan ; ici, à l’image de la vivacité de l’auteure, qu’on n’attende pas des fonds d’écran prétexte ou immobiles ; le personnage est « acteur », juste à sa place ; hauteur variable, simplement. Un panier de fruits – colorés, odorants, palpables, du Pays d’Auge à deux pas d’Honfleur, des Iles de la Société, ou des Marquises alanguies, peut-être, ou encore de ces bourgs d’Irlande ? Chacun d’entre nous trouvera personnage à son pied : Chloé, la fine, acide, ou acidulée héroïne : « menue, fluette, un peu garçon manqué… elle porte toujours les blue-jeans, la même marinière et les espadrilles ». Au menu, encore, le parrain taiseux, hargneux, qui nous intrigue d’entrée, et qui en séduira plus d’un, ou un drôle de prince charmant pas du tout style conte d’enfant sage, venu sur le voilier-type qu’on imagine dans le bassin d’Honfleur, quérir la belle, pour « escaler » dans la verte Irlande côté Cork, et au bout du monde en Polynésie… mais, au fait, que fait-il en Normandie, celui-ci ? Voyage initiatique, de la plus belle eau, mené tambour battant…

Le décor. Qu’est-ce qu’un livre d’extérieur sans autre chose que de vagues noms de lieux, trois mouettes et deux bars à marins. Aussi important et difficile qu’une toile de maître, le décor. Mais Christelle Angano doit être peintre, via ses mots, des cieux de Normandie (comme elle les connaît bien !) au vert-bleu piquant des côtes irlandaises, et semble à ses heures avoir été la vahiné des terres « au temps qui s’immobilise… ces Marquises, l’archipel rebelle »de Brel. Dépaysant – détails à la justesse de documentariste. Prenant.

L’épaisseur psychologique de l’intrigue, des actants de l’affaire – du ventre ou pas, des c… ou pas. De la chair, en somme, ou une fadeur cosmétique. Ici, foin de ces à peu près, aux caractères postiches et convenus. Là, tous ont ce quelque chose du vrai, ce goût de Calvados, « pas pour les touristes ». Chloé, dans son rapport à son époque, ses ressentis, ses blocages, ses élans, ses failles, est un « grand » personnage qu’on adopte, qui nous suivra dans un coin de mémoire, qu’on cherchera de l’œil, sur les quais de Honfleur, ou au débarcadère sur les lagons là-bas, où voudront aller les plus chanceux des lecteurs. »

Reflets du temps, 12 mars 2016
http://www.refletsdutemps.fr/index.php/thematiques/culture/litterature/item/qu-est-ce-qu-un-bon-livre

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